© Sandrine Pellet
Le rythme est souvent perçu comme un simple support ludique ou pédagogique, utilisé pour rendre une activité plus engageante ou plus plaisante. Pourtant, les neurosciences montrent qu’il constitue un paramètre moteur central, capable de modifier l’organisation du geste, l’engagement attentionnel et la mobilisation des réseaux cérébraux impliqués dans l’action.
Une étude récente de Bonnal et al. (2025) met en évidence que l’introduction d’une contrainte rythmique dans une tâche motrice modifie la latéralisation de l’activité cérébrale. Ces résultats offrent un éclairage précieux sur le rôle du rythme dans la coordination motrice et la manière dont la latéralité s’exprime dans l’action.
Ce que montre l’étude de Bonnal… sous l’angle du rythme
Dans cette étude, les participants réalisent notamment une tâche motrice distale exécutée à une fréquence imposée de 0,5 Hz, guidée par un métronome. Cette contrainte temporelle n’est pas anodine : elle introduit une exigence de synchronisation précise, d’anticipation du mouvement et de contrôle moteur fin.
Les auteurs observent que cette tâche rythmée modifie :
- l’engagement des régions prémotrices,
- la coopération interhémisphérique,
- l’expression de la latéralité au niveau cérébral.
Autrement dit, le rythme agit ici comme un organisateur temporel du geste, influençant la manière dont le cerveau coordonne l’action. Ces résultats montrent que la latéralisation motrice n’est pas uniquement liée à la préférence manuelle, mais qu’elle dépend aussi des contraintes temporelles imposées à l’action.
Le rythme, un organisateur du mouvement
De nombreuses recherches montrent que le cerveau moteur participe activement à la perception et au traitement du rythme (Thaut et al., 2015). Le rythme n’est donc pas uniquement un phénomène auditif : il engage directement les réseaux sensorimoteurs, même en l’absence de mouvement effectif.
Dans l’action, le rythme permet notamment :
- la régulation temporelle du geste,
- l’ajustement postural en continu,
- la coordination bilatérale entre les deux côtés du corps.
Il agit comme une trame temporelle commune, facilitant l’anticipation, la fluidité et la stabilité du mouvement. Cette organisation temporelle réduit le coût attentionnel et soutient une action plus efficace et plus cohérente.
Rythme et latéralité fonctionnelle
Lorsque le mouvement est rythmé, la latéralité ne disparaît pas. Elle s’exprime différemment, de manière plus souple et plus intégrée. Le rythme ne renforce pas une dominance isolée ; il favorise au contraire une coordination dynamique entre les deux hémicorps.
Plutôt que de figer l’action d’un côté, le rythme soutient :
- l’alternance,
- la synchronisation,
- la coopération entre les deux côtés du corps.
Cette expression fonctionnelle de la latéralité est cohérente avec les résultats de l’étude de Bonnal et al., qui montrent que l’organisation cérébrale varie selon les exigences temporelles de la tâche.
👉 Pour une présentation générale de la latéralité, voir notre article de glossaire : Latéralité
👉 Pour une analyse scientifique détaillée, voir : « Latéralité : ce que la science récente dit vraiment«
Le Brain Ball : une application concrète
La spécificité de la méthode Brain Ball repose sur l’association de contraintes temporelles explicites (rythme, cadence, alternance) et de contraintes motrices intégrées, engageant simultanément plusieurs segments du corps.
Concrètement, la pratique sollicite de manière continue :
- une coordination bilatérale, avec des actions alternées ou synchronisées entre les deux côtés du corps,
- des ajustements distaux fins (orientation de la main, modulation de la force, précision du contact),
- un engagement postural global, impliquant l’axe du tronc, la stabilité et les transferts d’appui,
- une attention partagée, orientée à la fois vers la tâche, le rythme et les partenaires.
Du point de vue du contrôle moteur, ces situations se distinguent des gestes distaux isolés étudiés en laboratoire. Elles correspondent à des tâches motrices intégrées, dans lesquelles la précision du geste ne peut être dissociée ni du rythme, ni du contexte relationnel, ni de l’organisation posturale.
À ce titre, les situations Brain Ball font écho aux résultats de l’étude de Bonnal et al. (2025). Les auteurs montrent en effet que l’introduction d’une contrainte temporelle rythmique dans une tâche motrice modifie l’organisation de l’activité cérébrale et l’expression de la latéralité. Dans le Brain Ball, le rythme joue un rôle comparable de structuration temporelle de l’action, mais dans des conditions plus écologiques : le rythme n’est pas imposé par un métronome abstrait, il est incarné dans le mouvement, le matériel et l’interaction.
Ainsi, la latéralité n’est ni corrigée ni entraînée isolément. Elle s’exprime de manière fonctionnelle et adaptative, au sein d’une action rythmée qui sollicite la coopération entre les deux hémicorps. Cette mise en jeu globale correspond précisément aux conditions identifiées par la recherche récente pour favoriser une organisation motrice efficace, souple et contextualisée, sans figer les préférences latérales.
Conclusion
Le rythme n’est pas un simple ajout au mouvement. Il constitue un levier fonctionnel puissant, capable d’influencer la coordination, l’attention et l’expression de la latéralité. Les pratiques corporelles intégrant le rythme offrent ainsi un terrain particulièrement riche pour accompagner le développement, l’adaptation motrice et la qualité de l’engagement dans l’action.
Intégrer le rythme dans vos pratiques au quotidien
Comprendre le rôle du rythme est une chose. Savoir l’utiliser dans des situations motrices structurées en est une autre.
La formation Brain Ball accompagne les professionnels dans cette mise en œuvre, à partir de situations concrètes et adaptées aux publics accompagnés.
En savoir plus
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Bonnal, L., et al. (2025). Handedness and task demands modulate motor cortex lateralization. NeuroImage, 284, 120581. https://doi.org/10.1016/j.neuroimage.2025.121578
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Thaut, M. H., McIntosh, G. C., & Hoemberg, V. (2015). Neurobiological foundations of neurologic music therapy: Rhythmic entrainment and the motor system. Frontiers in Psychology, 5, 1185. https://doi.org/10.3389/fpsyg.2014.01185
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Berthoz, A. (1997). Le sens du mouvement. Paris : Odile Jacob.
FAQ sur le lien entre rythme et latéralité
Le rythme améliore-t-il réellement la coordination motrice ?
Oui. Le rythme agit comme un cadre temporel commun qui aide le système moteur à organiser le geste dans le temps. En fournissant une structure régulière, il facilite l’anticipation, la synchronisation et l’enchaînement des actions. Les neurosciences montrent que cette structuration temporelle réduit le coût cognitif du mouvement et favorise une coordination plus fluide, notamment lorsque plusieurs segments du corps sont mobilisés simultanément.
Le rythme peut-il modifier la latéralité ?
Le rythme ne modifie pas la préférence latérale (droitier, gaucher), qui reste relativement stable. En revanche, il modifie la manière dont la latéralité s’exprime dans l’action. Lorsqu’une contrainte rythmique est introduite, comme le montre l’étude de Bonnal et al., l’organisation cérébrale du geste s’ajuste : la coopération entre les deux hémicorps peut être renforcée, et l’expression de la latéralité devient plus souple et fonctionnelle.
Pourquoi le rythme aide-t-il l’attention ?
Le rythme favorise la synchronisation entre perception et action. En structurant le temps, il soutient l’engagement attentionnel en donnant des repères prévisibles, ce qui facilite le maintien de l’attention dans l’action. Cette synchronisation est particulièrement utile dans les situations motrices complexes, où il faut à la fois percevoir, anticiper et ajuster son geste en temps réel.
Le Brain Ball entraîne-t-il la latéralité ?
Le Brain Ball ne vise pas à entraîner ou corriger la latéralité de manière isolée. Il la met en jeu dans des situations motrices globales, rythmées et interactives. La latéralité s’y exprime comme une composante fonctionnelle de l’action, en lien avec la coordination, le rythme, la posture et l’attention. Cette approche est cohérente avec les données scientifiques actuelles, qui montrent que l’organisation latérale dépend fortement du type de tâche et de ses contraintes temporelles.