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Coordination œil-main : comment le regard guide le geste (étude 2024)

Jan 2026

© Sandrine Pellet

Quand on bouge, les yeux ne “regardent” pas simplement : ils guident l’action. La coordination œil-main correspond à cette capacité à synchroniser ce que l’on voit et ce que l’on fait pour viser juste, ajuster un mouvement, suivre une trajectoire ou réussir un geste précis. On la mobilise partout et tout le temps : écrire, attraper, lancer, viser, se repérer sur une feuille, jouer, pratiquer un sport… et même dans des gestes du quotidien qui semblent automatiques.

Une étude récente (2024) apporte un éclairage intéressant : elle montre que la performance s’améliore quand le regard et la main sont mobilisés ensemble, et que cette synergie reste vraie quand le geste passe d’un mode discret (par petites corrections) à un mode continu (plus fluide).

Le mécanisme en 3 étapes : du regard au geste

1) Soutenir l’attention pendant l’action (où regarder)
Lorsqu’on est en action, “être attentif” ne signifie pas seulement se concentrer : il faut repérer la bonne information au bon moment (une cible, une trajectoire, un repère). Le rythme aide car il donne un cadre : il pousse à anticiper le prochain temps et à rester engagé dans le mouvement, même quand la situation change.

2) Soutenir la précision (corriger finement)
La précision n’est pas seulement “réussir du premier coup”. Elle dépend surtout de la capacité à corriger finement. Quand le regard et la main travaillent ensemble, on réduit l’écart entre ce que l’on vise et ce que l’on fait : on ajuste mieux la trajectoire, on stabilise le geste et on gagne en contrôle.

3) Soutenir le timing (agir au bon moment)
Le timing, c’est faire le bon geste au bon moment. Dans une activité rythmée, il faut démarrer, enchaîner et corriger ses actions en respectant un tempo. Le rythme agit comme un “métronome” externe : il structure la coordination et aide à synchroniser regard + geste, surtout quand la vitesse augmente.

Coordination œil-main : définition simple et mécanismes

La coordination œil-main désigne la capacité à transformer une information visuelle (position, vitesse, direction d’un objet ou d’une cible) en une action motrice adaptée. Elle repose sur plusieurs processus complémentaires :

  • Sélection de l’information pertinente : où regarder, quand regarder, que prendre en compte
  • Anticipation : prévoir où sera la cible dans un instant
  • Ajustements en temps réel : corriger le geste en fonction de l’erreur
  • Synchronisation : caler le mouvement de la main sur le rythme des informations visuelles

On parle aussi de coordination visuomotrice (un terme plus large) : la coordination œil-main en est un exemple central, car elle relie directement perception, attention et contrôle moteur.

 

Comment fonctionne le regard pendant un mouvement ?

Le regard contribue à la coordination œil-main via différents types de mouvements oculaires :

  • Fixations : le regard se pose quelques instants pour analyser une information précise : la position d’une cible, un détail, un repère sur la feuille ou dans l’espace. Ces micro-arrêts permettent de “prendre l’info” avec netteté avant d’agir ou de corriger le geste.
  • Saccades : ce sont des sauts rapides du regard d’un point à un autre. Elles servent à balayer l’environnement, à changer de repère, ou à aller chercher une nouvelle information utile (par exemple passer de la cible à la main, puis revenir à la cible).
  • Poursuite oculaire (smooth pursuit) : ici, les yeux suivent de façon fluide un objet en mouvement. Cette poursuite est précieuse lorsque la trajectoire est continue : elle aide à anticiper, à rester “collé” à la cible et à ajuster le geste en temps réel, notamment quand la vitesse augmente.

Ces mouvements ne sont pas de simples notions techniques : ils conditionnent le moment et la qualité de l’information que le cerveau utilise pour corriger le geste. En pratique, la coordination œil-main dépend d’un regard actif et organisé, capable de soutenir le timing moteur.

 

Ce que montre l’étude de 2024 sur la synergie regard–main

L’étude de 2024 (Coudière & Danion) analyse la coordination œil-main sur un continuum qui va d’un geste par petites corrections (discret) à un geste plus fluide et continu. Pour cela, les participants doivent suivre une cible visuelle imprévisible :

  • soit avec la main et les yeux (condition “œil + main”),
  • soit avec la main uniquement tout en gardant le regard fixé,
  • soit avec les yeux uniquement.

Les chercheurs modifient ensuite la manière dont la cible est affichée : plus ou moins “saccadée” ou plus ou moins “continue” selon le taux de rafraîchissement. Cette manipulation fait émerger des comportements allant d’un suivi discret à un suivi continu.

Résultat : même si les stratégies changent, la coordination œil-main demeure un facteur majeur de performance.

 

Résultats clés : ce que l’étude montre vraiment

Plusieurs résultats sont particulièrement utiles pour comprendre la coordination œil-main :

La main change de stratégie selon la vitesse de déplacement de la cible

Quand la cible se déplace lentement (ou de façon un peu “saccadée”), la main a tendance à fonctionner par étapes : on corrige, puis on recorrige, comme une suite de petits ajustements successifs.
Quand la cible devient plus rapide et plus continue, on observe un basculement : au lieu de “rattraper” par à-coups, la main essaie de suivre en continu, de manière plus fluide. Dans l’étude, ce changement apparaît autour d’un certain seuil (environ 3 Hz).
Autrement dit, selon la dynamique de la cible, le cerveau peut privilégier soit une stratégie pas à pas, soit un contrôle plus fluide, mieux adapté aux ajustements en temps réel.

Le regard s’adapte plus progressivement

Contrairement à la main, le regard ne “change pas de mode” d’un seul coup. Quand la cible devient plus continue, les yeux passent petit à petit d’un fonctionnement où ils s’arrêtent souvent (les fixations) à un fonctionnement où ils suivent davantage le mouvement (la poursuite oculaire). Cela montre que le regard s’ajuste finement à la situation : il adopte la stratégie la plus utile selon la manière dont la cible bouge.

Regard et geste : un duo qui se renforce quand il fonctionne ensemble

L’étude montre que les performances du regard et de la main évoluent ensemble : quand les yeux suivent mieux, la main suit mieux aussi. Et surtout, lorsque l’on mobilise yeux + main simultanément, la coordination devient plus efficace : meilleur alignement avec la cible et meilleur timing. Cela indique que la coordination œil-main repose sur une synergie réelle, pas sur deux actions séparées.

Bloquer le regard pénalise surtout le suivi rapide et continu

Imposer au participant de garder les yeux fixés pénalise surtout la main lorsque la tâche devient rapide et demande un suivi plus continu. Autrement dit, dans ces situations exigeantes, la coordination œil-main fonctionne mieux quand le regard peut bouger, suivre et fournir en permanence des informations utiles pour ajuster le geste.

 

Geste discret vs geste continu : une distinction utile, mais pas absolue

On distingue souvent :

  • Geste discret : qui correspond à une action brève, orientée vers un but final (ex: pointer, atteindre, appuyer)
  • Geste continu : qui est une action prolongée, qui nécessite des réajustements permanents (ex: suivre une trajectoire, stabiliser, poursuivre)

Cette distinction aide à analyser la coordination œil-main, mais elle n’est pas toujours tranchée dans la vie réelle : beaucoup d’actions sont hybrides et passent d’un mode à l’autre selon la vitesse, la précision attendue, la fatigue ou l’attention disponible. La force de l’étude 2024 est justement de tester la coordination œil-main sur ce continuum, plutôt qu’en opposant deux catégories séparées.

 

Ce que cela implique pour l’attention, la précision et le timing

La coordination œil-main est directement liée à trois compétences transversales :

L’attention en action
Rester focalisé sur les informations utiles, filtrer les distracteurs, et maintenir l’engagement attentionnel pendant le mouvement.

La précision du geste
Réduire l’écart main-cible, corriger la trajectoire, stabiliser les micro-ajustements, améliorer l’efficacité sans surcontrôle.

Le timing moteur
Synchroniser regard, action et corrections au bon moment. Dans les activités rythmées, ce timing devient un indicateur clé : il structure l’anticipation et la qualité de l’ajustement.

En ce sens, la coordination œil-main est un excellent “carrefour” : elle relie perception, contrôle moteur et fonctions attentionnelles.

 

Lien avec le Brain Ball : ce que l’on peut dire de façon rigoureuse

Cette étude ne teste pas le Brain Ball et ne mesure pas d’effet d’entraînement avant/après. En revanche, elle permet de soutenir un message scientifique solide :

La coordination œil-main fonctionne comme une synergie perception-action, et elle devient plus efficace quand regard et geste sont engagés ensemble.

C’est une base pertinente pour expliquer pourquoi des situations motrices qui demandent de regarder, agir, s’ajuster et se synchroniser peuvent être intéressantes, notamment quand elles incluent :

  • des changements de rythme et de dynamique,
  • des ajustements en temps réel,
  • une mobilisation conjointe du regard et du geste.

La méthode Brain Ball s’inscrit justement dans une logique de coordination œil-main, en proposant des situations motrices où perception visuelle, action et ajustements temporels sont mobilisés conjointement.

 

Limites de l’étude 2024

Cette étude a été menée chez des adultes dans un cadre expérimental, avec une tâche de suivi au joystick sur écran, ce qui limite les généralisations directes à des contextes plus naturels (écriture, locomotion, interactions) ou à d’autres publics (enfants, seniors, clinique). Elle décrit des mécanismes de coordination, mais ne teste pas un programme d’entraînement avant/après. Enfin, la distinction discret/continu est un repère utile, mais elle reste discutée, car de nombreux gestes réels combinent les deux modes.

 

À retenir

La coordination œil-main dépend fortement de la manière dont le regard guide le geste. L’étude 2024 montre que la main peut basculer d’un contrôle discret à un contrôle continu selon les contraintes, tandis que le regard s’adapte progressivement (fixations, poursuite oculaire).

Surtout, elle met en évidence une synergie robuste : meilleure coordination quand yeux et main fonctionnent ensemble, avec un impact sur la précision et le timing. Un repère scientifique utile pour comprendre l’intérêt d’activités motrices qui mobilisent simultanément perception, action et ajustements.

Renforcer la coordination œil-main dans vos pratiques

Comprendre comment le regard guide le geste est une chose. Mettre en place des situations motrices qui stimulent concrètement la coordination œil-main, l’attention en action et le timing en est une autre.
La formation Brain Ball accompagne les professionnels avec des séquences progressives, rythmées et adaptées aux publics, faciles à transférer sur le terrain.

En savoir plus

FAQ sur la Coordination Oeil-Main

La coordination œil-main, c’est la même chose que la coordination visuomotrice ?

La coordination œil-main fait partie de la coordination visuomotrice, qui est plus large. La coordination visuomotrice inclut aussi l’attention visuelle, la prédiction et les ajustements moteurs en temps réel. Dans la pratique, parler de coordination œil-main est très pertinent dès qu’un geste est guidé par ce que l’on voit. Les deux notions sont donc proches, mais l’une est plus englobante.

Pourquoi le regard influence-t-il autant la précision du geste ?

Le regard stabilise et sélectionne l’information utile : position, direction, vitesse, et erreurs à corriger. Quand la tâche devient rapide ou continue, la poursuite oculaire aide à anticiper et à ajuster le geste. Sans un regard actif, la main peut perdre en précision, surtout dans les conditions exigeantes. La coordination œil-main est donc une coopération étroite entre systèmes visuel, attentionnel et moteur.

Quelle est la différence entre un geste discret et un geste continu ?

Un geste discret avance souvent par étapes : on corrige, on relance, puis on atteint le but. Un geste continu demande de s’ajuster sans interruption, comme lors d’un suivi fluide. Beaucoup d’actions réelles sont hybrides : elles deviennent plus continues quand la vitesse augmente ou quand la trajectoire impose des corrections permanentes. Comprendre ce continuum aide à mieux lire la coordination œil-main.

Peut-on entraîner la coordination œil-main au quotidien avec le Brain Ball ?

Oui, la méthode Brain Ball® propose des situations motrices qui sollicitent directement la coordination œil-main : suivre une trajectoire, synchroniser regard et geste, ajuster en temps réel et varier le rythme. Les exercices sont ludiques et progressifs, ce qui facilite l’engagement et la répétition, deux conditions clés pour consolider une compétence. On peut donc l’utiliser comme un cadre pratique pour stimuler cette synergie au quotidien (en classe, en séance, en sport-santé). 

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