© Sandrine Pellet
La latéralité est souvent perçue comme une caractéristique stable : on serait droitier ou gaucher, une fois pour toutes. Cette représentation, encore très répandue, s’appuie sur une vision simplifiée du fonctionnement cérébral, où chaque hémisphère serait spécialisé de manière rigide.
Or, les recherches récentes en neurosciences du mouvement invitent à nuancer fortement cette lecture. Une étude publiée en 2025 par Bonnal et al. apporte un éclairage particulièrement intéressant : la manière dont la latéralité s’exprime dépend étroitement du type de tâche motrice réalisée.
Autrement dit, la latéralité ne fonctionnerait pas comme un interrupteur, mais comme une organisation dynamique, sensible aux contraintes de l’action.
Une étude récente qui bouscule les idées reçues
L’étude de Bonnal et al. (2025) s’intéresse à la latéralisation cérébrale lors de tâches motrices différentes, chez des adultes droitiers et gauchers. Les auteurs comparent deux types d’actions :
- une tâche distale rythmée, sollicitant principalement les doigts, réalisée à une fréquence imposée par métronome ;
- une tâche de manipulation, plus globale, moins contrainte temporellement.
Grâce à l’imagerie fonctionnelle (fNIRS), ils observent l’activité des régions motrices et prémotrices des deux hémisphères.
Résultat clé
La latéralisation de l’activité cérébrale varie significativement selon la tâche, indépendamment du fait d’être droitier ou gaucher. Une tâche rythmée et précise modifie l’engagement hémisphérique, parfois en renforçant la latéralisation, parfois en sollicitant davantage les deux hémisphères.
La latéralité n’est pas un interrupteur
Ces résultats confirment une idée désormais bien établie en neurosciences du mouvement :
la latéralité n’est pas une propriété figée, mais une organisation fonctionnelle adaptative.
Selon les exigences de l’action — précision, rythme, coordination, posture — le cerveau ajuste :
- l’engagement des réseaux moteurs,
- la coopération interhémisphérique,
- l’utilisation préférentielle d’un côté du corps.
Ainsi, une même personne peut mobiliser différemment sa latéralité selon qu’elle écrit, manipule un objet, se synchronise à un rythme ou coopère avec un partenaire.
Ce que cela change dans la vie quotidienne
Ces données ont des implications concrètes :
- Chez l’enfant, la latéralité ne doit pas être pensée comme un prérequis figé, mais comme un processus en construction, influencé par la variété des expériences motrices.
- Chez l’adulte, l’efficacité du geste dépend aussi de la capacité à ajuster son organisation motrice aux contraintes de la tâche.
- Pour les professionnels (enseignants, éducateurs, professionnels du mouvement), ces résultats invitent à proposer des situations motrices diversifiées, plutôt que de chercher à renforcer une dominance isolée.
👉 Pour une approche générale de la latéralité, voir notre article de glossaire : latéralité.
Mouvement réel vs tâches de laboratoire
L’étude de Bonnal repose sur des tâches contrôlées, nécessaires à la recherche scientifique. Mais elle met en évidence un point essentiel : l’importance du type de mouvement.
Les tâches motrices intégrant :
- une coordination globale,
- du rythme,
- des ajustements posturaux,
- des interactions avec l’environnement,
mobilisent des organisations cérébrales plus riches et plus flexibles que des gestes isolés. C’est dans cette perspective que certaines pratiques corporelles trouvent toute leur pertinence.
Une ouverture vers des pratiques motrices intégrées
Les résultats de cette étude ne prescrivent pas une méthode. Ils invitent cependant à repenser la place du mouvement dans l’organisation de la latéralité : non pas comme un entraînement ciblé d’un côté du corps, mais comme une mise en jeu fonctionnelle et adaptative de l’ensemble du système sensorimoteur.
👉 Cette réflexion est prolongée dans notre article : « Rythme, mouvement et latéralité : ce que révèle une étude récente en neurosciences« .
Conclusion
La recherche actuelle montre que la latéralité n’est ni rigide ni automatique. Elle s’exprime différemment selon les contraintes motrices, notamment temporelles. Comprendre cette dynamique permet d’envisager le mouvement non comme un simple support, mais comme un véritable organisateur fonctionnel du geste.
Quand la science éclaire la pratique du mouvement
Les recherches récentes montrent que la latéralité s’organise dans l’action et selon les contraintes de la tâche.
Le Brain Ball propose des situations motrices rythmées et structurées qui s’inscrivent pleinement dans cette logique, au service de l’attention, de la coordination et de l’engagement.
En savoir plus
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Bonnal, L., et al. (2025). Handedness and task demands modulate motor cortex lateralization. NeuroImage, 284, 120581. https://doi.org/10.1016/j.neuroimage.2025.121578
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Berthoz, A. (1997). Le sens du mouvement. Paris : Odile Jacob.
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Assaiante, C., Mallau, S., Viel, S., Jover, M., & Schmitz, C. (2005). Development of postural control in healthy children: A functional approach. Neural Plasticity, 12(2–3), 109–118. https://doi.org/10.1155/NP.2005.109
FAQ sur la latéralité (à la lumière des études récentes)
La latéralité peut-elle changer au cours de la vie ?
La préférence latérale (être droitier, gaucher ou ambidextre) reste généralement stable au cours de la vie. En revanche, la manière dont cette latéralité s’exprime est modulable. Les recherches récentes montrent que l’organisation motrice peut s’adapter en fonction des contraintes de la tâche, du contexte ou de l’expérience. Autrement dit, on ne “change” pas de latéralité, mais on peut utiliser différemment ses ressources latérales selon les situations.
Être droitier signifie-t-il utiliser principalement l’hémisphère gauche du cerveau ?
Non. Cette idée, encore très répandue, repose sur une vision simplifiée du fonctionnement cérébral. En réalité, les deux hémisphères coopèrent en permanence, même lors de gestes latéralisés. Les études en neurosciences montrent que l’hémisphère dit « dominant » n’agit jamais seul : les connexions interhémisphériques, notamment via le corps calleux, jouent un rôle essentiel dans la coordination et l’efficacité du geste.
Le type de mouvement influence-t-il vraiment la latéralité ?
Oui. C’est précisément ce que met en évidence l’étude de Bonnal et al. : la latéralisation cérébrale varie selon le type de tâche motrice. Une tâche fine, rythmée ou exigeant une forte précision temporelle ne mobilise pas les mêmes réseaux qu’une action plus globale ou moins contrainte. La latéralité doit donc être comprise comme une organisation fonctionnelle sensible aux exigences de l’action, et non comme une caractéristique figée.
Faut-il “entraîner” la latéralité, notamment chez l’enfant ?
Les données actuelles invitent à la prudence. Plutôt que de chercher à renforcer ou corriger une dominance latérale, la recherche souligne l’intérêt de proposer des expériences motrices variées, engageant coordination globale, rythme, posture et ajustement. Ce sont ces situations riches et fonctionnelles qui soutiennent une organisation motrice efficace, dans le respect du développement de chacun. Pour une approche générale et pédagogique, on peut se référer à notre article de glossaire dédié à la latéralité.