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Ateliers aidant-aidé et maladies neuro-évolutives : ce que la musique et le rythme peuvent encore transmettre

Août 2026

© Sandrie PELLET

Quand une maladie neuro-évolutive s’installe, la relation entre la personne malade et son entourage change souvent en profondeur. La communication verbale se complique, les rôles se figent autour du soin, et le lien se fragilise. Or, chez la personne malade, certaines ressources restent mobilisables malgré la maladie : la mémoire procédurale, la mémoire émotionnelle, et la capacité à entrer en relation par le geste et le rythme. Ces éléments permettent de comprendre pourquoi les ateliers Brain Ball® aidant-aidé, fondés sur le jonglage rythmique partagé, trouvent ici un terrain pertinent.

Comprendre les effets des maladies neuro-évolutives sur la mémoire et l’identité

Les maladies neuro-évolutives de type Alzheimer entraînent des atteintes cognitivo-mnésiques progressives. Elles touchent d’abord la mémoire à court terme, puis, avec l’évolution de la maladie, la mémoire à long terme, y compris la mémoire autobiographique. La personne perd peu à peu le souvenir d’éléments constitutifs de son histoire, ce qui peut altérer jusqu’au sentiment d’identité : trouble du schéma corporel, difficultés à reconnaître les visages, y compris le sien.

Certaines mémoires résistent cependant mieux à la maladie. La mémoire procédurale, celle des gestes appris et répétés, des automatismes du quotidien, reste préservée plus longtemps : c’est la mémoire du vélo, d’un instrument de musique, ou des paroles d’une chanson apprise par cœur. La mémoire émotionnelle, quant à elle, peut rester sollicitable jusqu’à des stades avancés : une personne peut ne plus être capable de nommer un proche, tout en continuant à percevoir qu’il s’agit d’un être bienveillant. Cette mémoire, régulée par des structures cérébrales telles que l’amygdale et l’hippocampe, échapperait en partie à l’atrophie qui touche d’autres zones du cerveau. C’est un point que la recherche continue d’affiner, sans que les mécanismes précis fassent l’objet d’un consensus complet. Il en ressort néanmoins un constat stable : un souvenir chargé d’émotion peut perdurer alors même que l’événement qui l’a fait naître a été oublié.

 

Pourquoi la relation aidant-aidé se fragilise

Les maladies neuro-évolutives sont souvent décrites comme des maladies de la perte. Pour la personne malade, il s’agit d’une perte progressive de soi et des autres. Pour l’entourage, ce sont des pertes, des séparations et des deuils successifs, parfois désignés sous le terme de « deuil blanc » : la personne est encore là, mais le lien tel qu’il existait auparavant se transforme.

Les difficultés de communication verbale, liées notamment aux troubles du langage, compliquent encore la relation. Des comportements comme l’irritabilité, la suspicion ou les déambulations répétées peuvent également mettre l’aidant à l’épreuve. Progressivement, la relation tend à se déséquilibrer : l’aidant devient un soignant de fait, et l’échange sur un pied d’égalité se fait plus rare.

 

Le rythme et le mouvement, un langage qui reste accessible

C’est précisément parce que la mémoire émotionnelle et la mémoire procédurale restent mobilisables que des supports non verbaux, comme la musique ou le rythme, peuvent continuer à faire sens pour une personne atteinte de MNE, y compris lorsque le langage est très altéré. Un médium de ce type peut alors jouer un rôle de « tiers » dans une relation devenue difficile : il vient faire diversion, diluer les tensions, et redevenir un objet de plaisir partagé plutôt qu’un simple support de soin.

L’animateur ou le thérapeute qui propose ce type de médiation joue également un rôle de contenance : il accueille et met en mots les émotions qui émergent, sans que la personne ait besoin d’un langage élaboré pour les exprimer. Ces notions, issues à la fois de la psychanalyse et de la neuropsychologie, restent des hypothèses de travail utiles pour comprendre ce qui se joue dans ce type d’atelier, plus que des mécanismes définitivement établis.

 

Les ateliers Brain Ball® aidant-aidé, une pratique sensorimotrice partagée

La méthode Brain Ball® associe jonglage de rebond, rythme et musique dans une pratique sensorimotrice. Proposée en binôme aidant-aidé, elle repose sur une synchronisation gestuelle simple, répétée, portée par un rythme musical. Ce type d’engagement moteur mobilise en priorité la mémoire procédurale, ce qui permet à la personne aidée de participer à une activité commune même lorsque la mémoire verbale est très atteinte.

Les balles et le rythme partagés peuvent alors occuper une fonction de tiers dans la relation aidant-aidé : un objet et un temps qui appartiennent au binôme, en dehors du rapport de soin habituel. La médiation se fait ici principalement par le geste et le mouvement partagé, en s’appuyant sur ce qui reste accessible malgré la maladie : le rythme, le corps, et les mémoires procédurale et émotionnelle. Le temps de la séance, aidant et aidé cherchent ensemble le même rythme, ce qui déplace, au moins temporairement, la nature de leur échange.

Ce que ce type d’atelier peut apporter au binôme

Un atelier aidant-aidé de ce type peut favoriser un moment où l’aidant et la personne aidée pratiquent ensemble, sur un pied d’égalité plus proche que dans le quotidien du soin. Il peut aussi être l’occasion de partager une réussite motrice commune, un temps de plaisir qui ne dépend pas des capacités de mémoire ou de langage.

Ces effets doivent toutefois être présentés avec prudence. Les études contrôlées portant spécifiquement sur le jonglage rythmique auprès de personnes atteintes de maladies neuro-évolutives restent peu nombreuses. Les données aujourd’hui disponibles concernent surtout la musicothérapie au sens large, et leur transposition à une pratique sensorimotrice comme Brain Ball® reste, en l’état des connaissances, une hypothèse cohérente plutôt qu’un effet démontré. Cette prudence n’enlève rien à l’intérêt du dispositif : elle invite simplement à le présenter pour ce qu’il est, un temps partagé fondé sur des mécanismes plausibles, plutôt que comme une réponse validée à l’ensemble des difficultés que traverse le binôme aidant-aidé.

 

Participer à un atelier Brain Ball® aidant-aidé

Les ateliers Brain Ball® aidant-aidé s’adressent aux binômes formés d’un proche aidant et d’une personne accompagnée dans le cadre d’une maladie neuro-évolutive. Le format et le contenu de la séance peuvent être adaptés aux capacités motrices et cognitives de chacun. Pour connaître les modalités de participation, il est possible de se renseigner directement auprès de l’équipe Brain Ball®.

Pour aller plus loin, lire notre article : Les ateliers Brain Ball, une bouffée d’oxygène pour les aidants

En savoir plus

Anzieu, D. (1985). Le Moi-peau. Paris : Dunod.

Berthelon, P. (2019). Musicothérapie en institution gériatrique : Modèle Berthelon – La dignité d’être. Éditions du Non Verbal – A.M.Bx.

Golse, B., & Guillaume, J.-C. (2018). La dialectique contenant/contenu chez W. R. Bion. Journal de la psychanalyse de l’enfant.

Houzel, D. (2016). Le sentiment de continuité d’existence. Journal de la psychanalyse de l’enfant.

Payan, S., & Majid Safouane, A. (2010). Transfert et vécu du temps avec les patients Alzheimer. Topique.

Sava, A.-A., & Chainay, H. (2013). Effets des émotions sur la mémoire dans la maladie d’Alzheimer et le vieillissement normal. Revue de neuropsychologie.

FAQ sur les ateliers aidant-aidé dans le cadre des maladies neuro-évolutives (MNE)

Qu'est-ce qu'un atelier Brain Ball aidant-aidé ?

C’est un atelier de jonglage de rebond rythmé par la musique, pratiqué en binôme par un proche aidant et une personne accompagnée dans le cadre d’une maladie neuro-évolutive. La séance s’appuie sur des gestes simples et répétés, adaptés aux capacités motrices de chacun.

 

À qui s'adressent les ateliers aidant-aidé ?

Ils s’adressent aux binômes formés d’une personne atteinte d’une maladie neuro-évolutive, de type Alzheimer, et d’un proche aidant. Le format de la séance est adapté selon les capacités motrices et cognitives de la personne accompagnée.

 

Faut-il des compétences motrices particulières pour participer à des séances Brain Ball ?

Non. Les gestes proposés reposent sur des automatismes simples, répétés et guidés par le rythme, mobilisant la mémoire procédurale plutôt que des compétences motrices avancées. Le contenu de la séance est ajusté aux possibilités de chaque binôme.

 

Quelle différence entre un atelier Brain Ball aidant-aidé et une séance de musicothérapie ?

Les deux approches s’appuient sur des ressorts proches, le rythme, le corps et les mémoires préservées malgré la maladie, mais elles diffèrent dans leur médiation principale : la musicothérapie passe surtout par l’écoute, tandis que l’atelier Brain Ball® repose avant tout sur le mouvement partagé.

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