© Sandrie PELLET
Une poignée de main ferme, un bocal que l’on ouvre, un sac de courses que l’on porte : ces petits gestes du quotidien reposent tous sur la force de nos mains. Et si cette force en disait plus long sur notre santé qu’on ne l’imagine ? Des études menées dans le monde entier montrent que la force de la main, appelée force de préhension, est liée à l’espérance de vie : en moyenne, plus elle est faible, plus le risque de décès dans les années suivantes est élevé. Ces résultats ont beaucoup circulé, souvent de façon simplifiée. Que disent vraiment ces études ? Comment expliquer ce lien ? Et que peut-on en conclure pour sa propre santé ?
Qu’est-ce que la force de préhension ?
La force de préhension, c’est la force que l’on peut exercer en serrant un objet dans sa main. C’est celle que l’on utilise pour ouvrir un bocal, porter un sac de courses ou se tenir à une rampe. Elle fait travailler les muscles de la main et de l’avant-bras, mais aussi le cerveau, qui commande le geste.
Comment mesure-t-on la force de préhension ?
On utilise tout simplement un dynamomètre, un petit appareil qu’il faut serrer le plus fort possible. La personne est généralement assise, le coude plié, et fait plusieurs essais avec chaque main. Le résultat est donnée en kilogramme. Le test est rapide, simple et peu coûteux. Il peut notamment être réalisé chez un médecin, un kinésithérapeute, un ergothérapeute ou en établissement.
La force de la main, reflet de la force du corps
La force de la main donne une bonne idée de la force musculaire de tout le corps, y compris des jambes. C’est pourquoi les professionnels de santé l’utilisent pour repérer la sarcopénie, c’est-à-dire la perte de muscle et de force qui accompagne l’avancée en âge.
Force de préhension et espérance de vie : 3 grandes études
140 000 personnes suivies dans 17 pays
En 2015, la revue médicale The Lancet a publié les résultats de l’étude PURE. Les chercheurs ont mesuré la force de la main de près de 140 000 adultes de 35 à 70 ans, dans 17 pays, puis les ont suivis pendant environ quatre ans. Résultat : chaque perte de 5 kg de force s’accompagnait d’un risque de décès plus élevé d’environ 16 %. Plus étonnant encore, la force de la main prédisait mieux le risque de décès que la tension artérielle.
Un demi-million de Britanniques suivis pendant sept ans
En 2018, des chercheurs écossais ont analysé les données de plus de 500 000 Britanniques âgés de 40 à 69 ans, suivis pendant sept ans. Ils ont retrouvé le même lien, chez les hommes comme chez les femmes. Une main moins forte était aussi associée à davantage de maladies du cœur, des poumons et de certains cancers.
Une étude récente chez les femmes âgées
En 2026, une étude américaine a suivi près de 5 500 femmes de 63 à 99 ans pendant plus de huit ans. Les femmes les plus fortes avaient un risque de décès inférieur d’environ un tiers à celui des plus faibles. Ce lien restait présent même en tenant compte de leur niveau d’activité physique, mesuré précisément grâce à un capteur porté pendant une semaine. Il existait aussi chez les femmes peu actives.
Ce que confirment les synthèses scientifiques
Pour vérifier ces résultats, les chercheurs ont également analysé les données de nombreuses études. Leurs conclusions convergent : une force de préhension plus élevée est associée à un risque de décès plus faible. Ce lien se retrouve quelles que soient les populations étudiées.
Ces résultats doivent toutefois être interprétés avec prudence. Même si le lien entre la force de préhension et le risque de décès est régulièrement observé, le niveau de preuve reste limité. La force de préhension constitue donc un indicateur intéressant de l’état de santé général, sans permettre à elle seule de tirer des conclusions définitives.
Pourquoi la force de la main serait-elle liée à l’espérance de vie ?
Il n’existe pas d’explication unique. Deux idées coexistent : la force de la main serait un signal de l’état de santé, et peut-être aussi une protection.
Un signal de l’état de santé
Une maladie peut affaiblir les muscles bien avant d’être découverte. Dans ce cas, ce n’est pas la faiblesse qui rend malade : c’est la maladie, encore silencieuse, qui rend faible. La force de la main fonctionnerait alors comme un voyant lumineux sur un tableau de bord.
Plus largement, la force de la main reflète l’état de plusieurs systèmes à la fois : les muscles, les nerfs, le cœur. Certains chercheurs la décrivent comme un marqueur du vieillissement. Serrer fort demande aussi au cerveau de bien commander les muscles : la force de la main renseigne donc en partie sur la santé du système nerveux.
Une réserve pour faire face aux imprévus
Une personne plus forte résisterait mieux aux coups durs : une maladie, une hospitalisation, une chute. Les gériatres utilisent d’ailleurs la force de la main pour repérer la fragilité, cet état où l’organisme a moins de ressources pour faire face. La force permet aussi de se rattraper ou de se relever, ce qui compte beaucoup quand on sait que les chutes sont une cause importante de complications après 65 ans, comme le détaille notre guide de prévention des chutes.
Force de préhension : ce que les études ne disent pas
Ces études mettent en évidence un lien, mais elles ne disent pas que la faiblesse de la main cause le décès. C’est une différence essentielle. Par exemple, on peut affirmer que les personnes qui ont des cheveux blancs vivent statistiquement moins longtemps que les autres… mais ce n’est évidemment pas la couleur des cheveux qui est en cause, c’est l’âge.
Une étude génétique publiée en 2017 n’a d’ailleurs pas trouvé d’argument montrant que la force de la main, à elle seule, influence la durée de vie. En revanche, elle semble réellement protéger contre les fractures.
Autre limite : la façon de mesurer la force varie d’une étude à l’autre. Les chiffres doivent donc être lus comme des ordres de grandeur. Enfin, aucune étude n’a montré à ce jour que muscler sa main permet de vivre plus longtemps. Les auteurs de l’étude PURE le soulignaient eux-mêmes.
Préserver sa force musculaire en vieillissant
Bouger et se muscler, à tout âge
Même si le lien avec l’espérance de vie reste à préciser, la force musculaire compte pour une raison simple : elle permet de rester autonome. Porter ses courses, ouvrir une porte, se lever d’une chaise, se rattraper en cas de déséquilibre. L’Organisation mondiale de la santé recommande des exercices de renforcement musculaire au moins deux fois par semaine. Après 65 ans, elle conseille d’y ajouter des activités qui travaillent l’équilibre. Bonne nouvelle : les muscles se travaillent à tout âge, à condition d’adapter les exercices.
La main, outil de coordination autant que de force
La main ne sert pas qu’à serrer. Elle doit aussi attraper au bon moment, ajuster son geste et suivre ce que voient les yeux. C’est cette dimension que sollicite Brain Ball® : les participants lancent et rattrapent une balle après son rebond, en suivant le rythme d’une musique ou d’un métronome. La méthode fait travailler la saisie, la coordination œil-main et la précision du geste.
Chez les personnes présentant une faiblesse musculaire importante, la pratique pourrait également avoir un intérêt sur le plan de la force de préhension.. Quand on a peu de force au départ, attraper et relancer de nombreuses fois les engins de jonglage (balles, ballons, anneaux…), même légers, pourrait déjà faire travailler un peu la force de la main. C’est ce qu’observent certains psychomotriciens qui pratiquent le Brain Ball® avec leurs patients.
Force de préhension : un bon indicateur, pas une boule de cristal
Les études sont nombreuses et vont toutes dans le même sens : une main plus faible est associée à un risque de décès plus élevé, chez les hommes comme chez les femmes, dans tous les pays étudiés et jusqu’à un âge avancé. La force de préhension est donc un indicateur simple et utile de l’état de santé général. Elle ne prédit pas l’avenir de chacun, et rien ne prouve encore qu’il suffise de la renforcer pour vivre plus longtemps. Le message, pour les seniors comme pour les professionnels qui les accompagnent, reste le même : entretenir sa force et sa motricité, c’est d’abord préserver son autonomie au quotidien.
Entretenir le geste, en rythme
Une séance Brain Ball® fait travailler la saisie, la coordination œil-main et le plaisir de bouger, en EHPAD, en structure médico-sociale ou à domicile.
En savoir plus
Bull, F. C., Al-Ansari, S. S., Biddle, S., Borodulin, K., Buman, M. P., Cardon, G., Carty, C., Chaput, J.-P., Chastin, S., Chou, R., Dempsey, P. C., DiPietro, L., Ekelund, U., Firth, J., Friedenreich, C. M., Garcia, L., Gichu, M., Jago, R., Katzmarzyk, P. T., . . . Willumsen, J. F. (2020). World Health Organization 2020 guidelines on physical activity and sedentary behaviour. British Journal of Sports Medicine, 54, 1451–1462. https://doi.org/10.1136/bjsports-2020-102955
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FAQ sur la force de préhension
Qu'est-ce que la force de préhension ?
La force de préhension est la force que l’on peut exercer en serrant un objet dans sa main. On la mesure avec un dynamomètre, un petit appareil que l’on serre le plus fort possible et qui affiche le résultat en kilogrammes. Elle donne une bonne idée de la force musculaire de l’ensemble du corps.
Comment savoir si sa force de préhension est faible ?
Seul un professionnel de santé (médecin, kinésithérapeute, ergothérapeute) peut la mesurer de façon fiable avec un dynamomètre. Le résultat est comparé à des valeurs de référence selon l’âge et le sexe. À titre d’exemple, une grande étude britannique considérait comme faible une force inférieure à 26 kg chez l’homme et à 16 kg chez la femme. Une force faible peut faire partie des signes d’une sarcopénie.
Une faible force de préhension signifie-t-elle que l'on vivra moins longtemps ?
Non, pas à l’échelle d’une personne. Les études observent un lien statistique sur de très grands groupes : en moyenne, les personnes les plus faibles ont un risque de décès plus élevé. Mais la force de la main ne prédit pas l’avenir de chacun. C’est un indicateur de l’état de santé général, à interpréter avec un professionnel.
Peut-on améliorer sa force de préhension ?
Oui. Les muscles progressent à tout âge, à condition d’adapter les exercices. L’Organisation mondiale de la santé recommande du renforcement musculaire au moins deux fois par semaine, et des activités d’équilibre après 65 ans. En revanche, aucune étude n’a encore montré que renforcer sa main permet de vivre plus longtemps. Le bénéfice démontré porte surtout sur l’autonomie au quotidien et la prévention des chutes.
Brain Ball permet-il de renforcer la force de préhension ?
Brain Ball® n’est pas conçu comme un programme de musculation. La méthode sollicite surtout la saisie, la coordination entre le regard et le geste, et la synchronisation au rythme. Chez les personnes très fragiles, certains psychomotriciens observent que manipuler les engins de jonglage, même légers, pourrait faire travailler un peu la main. Cette observation de terrain n’a pas été vérifiée scientifiquement. Brain Ball® peut compléter une activité de renforcement, sans la remplacer.