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Sortir de nos vies encapsulées grâce au lien social

Sep 2026

© Sandrie PELLET

Dans un entretien accordé à Philosophie magazine en août 2026, à l’occasion de la parution de son essai Nos vies encapsulées, le philosophe belge Pascal Chabot propose une description simple et frappante du monde contemporain : nous vivons enfermés dans des « capsules » (la maison, la voiture, le bureau, la salle de classe), reliées entre elles par les écrans. Cette thèse, qui prolonge les travaux du philosophe allemand Peter Sloterdijk, éclaire d’un jour particulier une question que se posent de nombreux parents, enseignants et professionnels de santé : comment sortir de nos vies encapsulées et recréer, au quotidien, des moments de présence réelle ?

Vies encapsulées : le capsulisme selon Pascal Chabot

Pascal Chabot définit la capsule comme un dispositif composé de trois éléments : des parois, des sièges et des écrans. Nous passons, selon lui, notre existence à circuler d’une capsule à une autre, de la capsule-maison à la capsule-voiture, puis à la capsule-bureau, sans jamais avoir de rapport direct avec l’extérieur. Cet enfermement des corps n’est supportable, précise-t-il, que parce que les écrans nous relient à ce qu’il appelle le « surconscient » : ce dôme de connaissances et de sollicitations numériques sous lequel nous vivons en permanence. Le philosophe va jusqu’à proposer de nouveaux mots pour nommer les effets de cette condition : la « digitose », pour désigner la fatigue numérique et la surcharge informationnelle, ou le « hubjet », pour décrire un sujet devenu avant tout un nœud de connexions. 

La monade fermée du métro : ensemble, mais seuls

Pour illustrer ce phénomène, Pascal Chabot convoque une image familière : celle du métro, le matin, où des voyageurs occupent le même wagon sans se parler, sans se regarder, chacun absorbé par son smartphone. Il y voit une actualisation de la Monadologie de Leibniz (1714), selon laquelle le monde serait fait de « monades », des unités closes, sans fenêtres, qui n’interagissent pas directement entre elles mais suivent un programme préétabli. Chez Leibniz, ce programme était l’œuvre d’un Dieu omniscient ; dans le métro contemporain, c’est le surconscient numérique qui joue ce rôle de coordination invisible. Le résultat est le même : une proximité physique qui ne produit aucun lien réel.

Le rythme partagé, un contrepoint concret au surconscient

C’est à cet endroit précis que le fonctionnement d’une pratique comme Brain Ball® prend un relief particulier. La méthode repose sur un principe simple : un rythme externe, donné par un métronome ou une musique, auquel plusieurs participants synchronisent le rebond d’une balle. Ce dispositif crée ce que l’on peut décrire comme une double boucle rythmique : chaque participant reçoit un signal extérieur tout en produisant, par son propre geste, un signal sensorimoteur qui doit s’ajuster à celui des autres. La situation diffère donc de celle du métro décrite par Chabot : ici, la synchronisation ne s’opère pas en silence et à distance, sur des écrans individuels, mais en présence, entre des corps qui partagent le même tempo et le même espace. On peut y voir une illustration concrète de ce que Gilbert Simondon, dont Chabot se réclame explicitement, appelait un « milieu associé » : non pas un individu isolé face à sa machine, mais un couplage entre plusieurs personnes et un objet technique simple, qui les relie sans les enfermer chacune dans sa bulle.

Progrès utile, progrès subtil : où se loge une pratique comme Brain Ball® ?

Pascal Chabot distingue deux formes de progrès qui, selon lui, avancent de façon parallèle et désynchronisée.

🔹Le progrès utile est celui de l’optimisation : il est cumulatif, mesurable, et c’est lui qui a produit l’encapsulement généralisé de nos existences.

🔹Le progrès subtil, à l’inverse, concerne l’art d’être lié aux autres, à soi-même et à son environnement ; il ne se capitalise pas, il doit constamment être réappris.

C’est pour cette raison, explique le philosophe, que des métiers comme le soin ou l’éducation résistent à la logique de la performance pure : on ne soigne ni n’éduque un être humain « parfaitement », car la réponse humaine est par nature instable et demande un ajustement de chaque instant. Une séance Brain Ball® s’inscrit dans cette même logique d’ajustement : l’animateur adapte en continu le tempo, la complexité des figures ou la durée de l’exercice à la personne qui a la balle en main, qu’il s’agisse d’un enfant, d’une personne âgée ou d’un salarié. Cette part d’ajustement constant ne s’oppose pas à la mesure (la méthode peut aussi s’appuyer sur des repères observables), mais elle rappelle que l’essentiel de la séance se joue dans la relation, non dans la seule performance chiffrée.

Recréer du lien à l’intérieur même des capsules : école, EHPAD, entreprise

L’un des points les plus utiles de la réflexion de Pascal Chabot est qu’il ne demande à personne de sortir de sa capsule. Renoncer à la civilisation technique, prôner un retour à la nature ou à la décroissance lui semble une réponse « tentante mais paresseuse intellectuellement », qui se contente d’inverser le progrès utile sans rien proposer d’autre. Sa proposition est différente : jouer, à l’intérieur même de nos cadres de vie habituels, l’âme contre le machinisme, la fragilité contre l’optimisation, le lien contre l’individualisme. C’est très concrètement ce que permettent des séances de pratique rythmique menées dans une salle de classe, un EHPAD ou un espace de coworking : on ne demande pas à l’école de devenir une forêt, ni à l’entreprise de renoncer à ses écrans, mais on introduit, pour une durée limitée, un moment où le rythme, l’attention à l’autre et la présence du corps redeviennent le centre de l’activité. Cette observation, portée depuis plusieurs années sur le terrain par le réseau d’animateurs Brain Ball®, rejoint ainsi, par un chemin très différent, l’intuition philosophique de Pascal Chabot.

Sortir de nos vies encapsulées, un pas à la fois

Pascal Chabot conclut son entretien par une remarque désarmante de simplicité :

Ce qui manque au capsulisme, ce n’est pas l’espace, mais l’âme

Il emploie ce mot non pas au sens religieux, mais pour désigner ce que produit le lien quand il se noue vraiment. Une pratique rythmique et sensorimotrice partagée ne prétend évidemment pas résoudre à elle seule la question posée par le philosophe. Mais elle offre, à échelle humaine et pour un temps limité, un espace où la synchronisation ne passe plus par un écran individuel, mais par un rythme commun, vécu en présence. Ce n’est pas sortir de la capsule. C’est, plus modestement, y faire un peu de place pour autre chose…

Sortez de vos vies encapsulez !

Une séance Brain Ball® permet de vivre concrètement ce rythme partagé, en école, en EHPAD ou en entreprise.

En savoir plus

Chabot, P. (2026). Nos vies encapsulées. Presses Universitaires de France.

Chabot, P. (2026, 20 août). « Le monde est fait de capsules interconnectées » (A. Lacroix, intervieweur). Philosophie magazine, (202).

FAQ sur nos vies encapsulées

Qu'est-ce que le « capsulisme » décrit par Pascal Chabot ?

Dans son essai Nos vies encapsulées (2026), le philosophe belge Pascal Chabot désigne par ce terme le fait que nos existences contemporaines se déroulent presque entièrement dans des espaces clos (maison, voiture, bureau), reliés entre eux par les écrans et un flux numérique constant qu’il appelle le « surconscient ».

Brain Ball cherche-t-il à faire sortir les participants des écrans ?

Non. À l’image de la proposition de Pascal Chabot, l’objectif n’est pas de rejeter la civilisation numérique, mais d’introduire, à l’intérieur des cadres existants (école, EHPAD, entreprise), un moment de rythme partagé et de présence réelle entre les participants.

Le rythme partagé a-t-il un effet démontré sur le lien social ?

La synchronisation rythmique entre plusieurs personnes est un terrain de recherche actif en sciences cognitives, mais les effets d’une pratique spécifique sur le lien social dépendent de nombreux facteurs (contexte, régularité, population). Cet article propose un rapprochement conceptuel avec la réflexion de Pascal Chabot, non une démonstration scientifique de bienfaits.

Dans quels contextes une activité rythmique de ce type peut-elle être proposée ?

Le réseau Brain Ball® intervient notamment en milieu scolaire, dans des structures médico-sociales (EHPAD, IME) et dans le cadre de démarches de qualité de vie et conditions de travail (QVCT) en entreprise.

Faut-il être sportif pour participer à une séance ?

Non. La méthode s’appuie sur un geste simple, le rebond d’une balle au rythme d’un métronome ou d’une musique, et l’animateur ajuste la difficulté à chaque participant, quel que soit son âge ou son niveau moteur.

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