De l’importance du Suivi visuel

par | Oct 2022 | Développement moteur

Le suivi visuel, pilier de la méthode Brain Ball

Le suivi visuel est l’un des processus à la base de la méthode de jonglage Brain Ball. Il s’agit du processus qui permet d’accorder notre regard, notre cerveau et nos mouvements. En fonction des activités que nous pratiquons, le suivi visuel n’implique pas les mêmes objets et nous demande plus ou moins d’attention.

Nous faisons tous l’expérience du suivi visuel à des degrés différents de difficulté en fonction des activités. Nous l’exerçons lorsque nous lisons, lorsque nous conduisons, lorsque nous regardons un match de tennis ou encore lorsque nous pratiquons un sport de balle. Les chirurgiens l’exercent, eux aussi, à leur manière et à un niveau d’expertise supérieur. La reconnaissance visuelle et spatiale fait partie des fonctions cérébrales que nous mobilisons chaque jour.

Que ce soit pour corriger un trouble neurovisuel ou pour améliorer nos compétences, nous avons tous intérêt à développer notre capacité de suivi visuel, en pratiquant le Brain Ball par exemple !

La capacité d’inhibition : une compétence nécessaire à un suivi visuel efficace

Nous aimons le souligner lors de nos interventions : notre cerveau est une incroyable machine. La capacité d’inhibition, en lien avec le cortex préfrontal, fonctionne comme une sorte de signal « stop » qui permet à notre cerveau d’ignorer son environnement, afin de mieux se concentrer sur un objet précis. Lorsque nous enclenchons un processus de suivi visuel efficace, nous sommes capables de faire abstraction des autres stimuli, pour mieux focaliser notre attention : lumière, bruit, mouvement…

 

La méthode Brain Ball permet de faire travailler et d’entraîner notre capacité d’inhibition en ignorant les stimuli non pertinents. Les exercices collectifs, en binômes croisés par exemple, constituent de ce point de vue de véritables défis: ne tenir compte que de ses propres balles, en faisant abstraction de celles des partenaires, est la clé de la réussite.

Il faut du temps pour y parvenir. Mais à force d’entraînement, nous devenons tous capables d’améliorer nos capacités attentionnelles.

Le suivi visuel chez les sportifs de haut niveau

Le suivi visuel est utilisé au quotidien chez tous les sujets, mais exploité différemment dans le monde du sport. Il existe de nombreuses disciplines pour lesquelles la force physique ou la vitesse seules ne suffisent pas. Dans les sports collectifs par exemple, ou ceux qui demandent une grande précision, le suivi visuel aura une importance capitale.

En effet, les performances du sportif dépendent d’une combinaison de données : contrôle des mouvements, représentation spatiale, gestion du stress… Mais aussi capacité à analyser visuellement l’environnement pour anticiper, viser, communiquer… C’est bien le regard et le suivi visuel qui permettent au sportif de prévoir ses déplacements, de jauger la force nécessaire à un shoot ou de viser avec précision le panier lors d’un lancer franc.

La notion de suivi visuel et de contrôle du regard nommée « quiet eye » est récente dans le monde du sport. Alors que l’on pensait simplement que les sportifs devaient exceller dans les compétences strictement motrices, des chercheurs se sont penchés sur l’importance du contrôle visuel.

A ce sujet, un article « What Athletes See » paru dans The Atlantic il y a quelques années comparait les résultats sportifs de deux champions de NBA : DeAndre Jordan, joueur puissant et rapide et Jamal Crawford, joueur a priori moins athlétique… Pourtant, ce dernier réussissait 90% de ces tirs depuis la ligne de faute contre seulement 39% de lancers francs réussis pour DeAndre Jordan. 

Jusqu’à récemment, la plupart des chercheurs considéraient ces compétences en termes de coordination et de réflexe, estimant que ceux qui étaient meilleurs pour réussir un lancer franc […] avaient simplement une dextérité physique supérieure. Mais ces dernières années, un petit groupe de neuroscientifiques a identifié une nouvelle façon de comprendre la coordination, qui met l’accent sur les compétences visuelles et cognitives plutôt que sur les prouesses physiques.

The Atlantic

"What Athletes See", David Kohn, 2015

Le suivi oculaire pour les enfants présentant des troubles neurovisuels

Les troubles neurovisuels entraînent bien souvent pour les enfants des conséquences sur leur développement. Sylvie Chokron note que “de tels troubles ne sont pas sans conséquence sur le développement de l’enfant que ce soit au niveau de son développement comportemental, cognitif, émotionnel, ou encore au niveau de ses acquisitions scolaires“.

Et contrairement à ce que l’on pourrait penser, ces enfants n’ont pourtant aucun problème d’acuité visuelle et ne présentent aucune altération motrice. Leurs difficultés proviennent d’un défaut dans le traitement cérébral des informations perceptives captées par les yeux et les réponses motrices apportées. D’où l’intérêt pour eux de diagnostiquer précocement ces troubles grâce à un bilan chez un spécialiste, qu’il s’agisse d’un orthoptiste, d’un psychomotricien ou d’un neuropsychologue par exemple.

Pour ces enfants, une rééducation visant à améliorer le processus de suivi oculaire et la stratégie du regard sera nécessaire. On pourra également leur proposer des activités qui mettent en œuvre le suivi oculaire : piloter une voiture télécommandée, jouer au badminton,… nombreuses sont les activités qui permettent de l’exercer.

Zoom sur la notion de « Quiet Eye »

C’est Joan Vickers, psychologue cognitif à l’Université de Calgary, qui découvre en 1996 la notion de « quiet eye ». Alors qu’elle étudie un panel de sportifs de haut niveau pour tenter de découvrir leurs modes opératoires, elle se rend compte que leur regard fixe intensément, et plus longtemps, l’objectif final. En l’occurrence, les meilleurs des golfeurs étudiés gardaient les yeux rivés sur l’arrière de la balle pendant environ deux secondes avant le début du swing et maintenaient cette fixation jusqu’à ce que le putter frappe la balle. Plus ce temps de fixation était long, meilleurs étaient les résultats des sportifs.

Joan Vickers a donc défini le quiet eye comme « la fixation finale ou le suivi du regard sur un endroit ou un objet précis dans le champ de vision de l’athlète ». Elle précise : « Lorsque vos yeux fournissent les données, votre système moteur sait juste quoi faire […] Votre cerveau est comme un système GPS. Il détecte la cible, la vitesse, l’intensité et la distance. ».

Le quiet eye est donc cet ultime moment de concentration, qui précède le geste de précision, et qui permet à notre cerveau d’analyser une dernière fois l’espace et le temps disponible, pour ajuster au mieux notre geste. Durant cet instant, le corps est capable de réduire la fréquence cardiaque, de ralentir les schémas classiques de mouvements musculaires et d’inhiber tous les autres stimuli.

Traduite par « œil tranquille », « œil calme », « œil silencieux » ou « visualisation positive », la notion de quiet eye est l’un des maillons du suivi visuel.

La pratique du Brain Ball pour entraîner et améliorer le suivi visuel

Dans la méthode Brain Ball, le suivi visuel est primordial. Les participants doivent suivre l’évolution des balles, des sacs ou des anneaux en permanence. Ils doivent être capables de mesurer leurs gestes pour lancer correctement l’objet qu’ils possèdent et anticiper l’arrivée et la réception de l’objet suivant.

Lors d’un exercice en binôme par exemple, les participants doivent alternativement regarder la cible (soit la main de leur partenaire dans laquelle ils vont devoir placer l’objet) et l’objet qu’il vont recevoir de l’autre main de ce partenaire. Le suivi visuel va être la base de tout le processus attentionnel et une condition sine qua non de la réussite du jonglage coopératif.

Le suivi oculaire sera différent en fonction des exercices de jonglage proposés et du nombre de participants. Il faudra parfois veiller la zone de rebond de la balle, à sa courbe, fixer son regard sur la cible ou réaliser un véritable jeu de « ping-pong » visuel en passant d’une balle à l’autre. Enfin, lors de sessions de jonglage en grand groupe, avec des participants disposés en cercle, le sujet devra choisir entre un suivi visuel rapide (passant d’une balle à l’autre rapidement) et une vision « grand angle » qui lui permettra de voir les deux à la fois.

L’expertise de l’animateur Brain Ball : un plus pour développer le suivi visuel

Le suivi visuel, ça ne s’improvise pas. Ça s’apprend…

Pour les personnes présentant des troubles neurovisuels, les professionnels de la rééducation sont là pour vous y aider. Là encore, il conviendra de se tourner vers un orthoptiste ou un psychomotricien notamment.

Pratiquer le Brain Ball, accompagné et guidé par un professionnel formé, sera également un plus. En effet, le suivi visuel fait partie des processus en jeu de la discipline. C’est un pilier de la méthode et un élément majeur de réussite lors des exercices. Le suivi oculaire est donc l’une des préoccupations majeures des animateurs Brain Ball lors des séances.

Ce sont eux qui vont être en mesure d’analyser le suivi visuel des participants, leurs modes opératoires, et qui vont les accompagner dans leurs choix. Ainsi, chaque participant pourra améliorer ses capacités attentionnelles, apprendre à inhiber pour mieux décider et agir en utilisant la notion de « quiet eye ».

Tout cela conduira petit à petit les pratiquants vers davantage d’efficacité, de confort, de fluidité et de satisfaction à chaque exercice.

Les pratiquants réguliers amélioreront ainsi leur suivi visuel et en tireront des bénéfices, que ce soit dans les actes de la vie quotidienne ou dans leur pratique sportive.

Noémie C.

Rédactrice pour le Blog Brain Ball

En savoir plus

Mind over muscle: The role of gaze control, spatial cognition, and the quiet eye in motor expertise
Article de Joan N Vickers, Cognitive Processing, Juin 2011

Troubles neurovisuels chez l’enfant : Sémiologie, retentissement sur les apprentissages et dépistage
Chokron S., Cavézian C., De Agostini M., Développements, vol 6 n°3, 2010 p 17-25

“L’animateur Brain Ball, le champ visuel et le processus attentionnel”
Régis Pautonnier, avril 2017

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