Mirra Andreeva et Maja Chwalinska s’échauffent en jonglant dans la salle de fitness de Roland-Garros, le 7 juin 2026, quelques minutes avant la finale du simple dames. — Source : france.tv direct, Roland-Garros 2026
Quelques minutes avant la finale, elles jonglent
Samedi 7 juin 2026. Dans les coulisses du court Philippe-Chatrier, à quelques minutes du coup d’envoi de la finale du simple dames de Roland-Garros, Mirra Andreeva et Maja Chwalinska s’échauffent. Pas avec une raquette. Pas en se renvoyant des balles. Avec des balles de tennis ordinaires, dans les mains. Chwalinska jongle en fontaine bimanuelle : deux balles dans chaque main, en alternance, dans un enchaînement qui exige précision temporelle et concentration soutenue. Andreeva, elle, jongle d’une seule main : deux balles lancées et rattrapées alternativement dans la même main, sans l’aide de l’autre, puis elle recommence de l’autre côté.
Ces gestes ne ciblent pas les mêmes circuits cérébraux. Et la progression dans laquelle ils s’enchaînent n’est pas le fruit du hasard : c’est une séquence structurée d’activation neuromotrice, conçue pour préparer le cerveau à fonctionner à son meilleur niveau dès les premiers points d’un match.
Quatre exercices, quatre registres neuromoteurs
Pour comprendre ce qui se joue dans ces quelques minutes de préparation, il faut regarder chaque exercice séparément — parce qu’ils ne font pas la même chose.
Le jonglage 4 balles de Chwalinska est une tâche motrice et cognitive de haute exigence. Ce n’est pas la cascade à 3 balles que l’on apprend en initiation, mais une fontaine bimanuelle : chaque main jongle indépendamment deux balles en alternance régulière. Chaque main doit maintenir son propre rythme interne tout en restant synchronisée avec l’autre. La charge attentionnelle est élevée, le timing doit être précis, et le moindre relâchement fait tomber une balle. C’est une tâche qui mobilise simultanément les circuits visuomoteurs, la mémoire de travail procédurale et le cervelet, dont le rôle est d’assurer la précision temporelle et la fluidité des gestes.
Le jonglage unimanuel d’Andreeva relève d’un registre différent. Faire alterner deux balles dans une seule main — les lancer et les rattraper sans l’appui de l’autre — exige une synchronisation temporelle fine entre les deux objets dans un espace très restreint, un contrôle précis de la force et de l’angle de lancer, et une anticipation constante de trajectoires rapprochées. C’est une tâche de coordination et de timing intra-manuel : le cerveau doit gérer deux objets en mouvement simultané avec un seul effecteur, sans la compensation que permettrait l’autre main. Alterner main droite et main gauche étend cette activation aux deux côtés de façon symétrique.
Le jonglage sur un pied ajoute une troisième couche. En contraignant l’équilibre monopodal pendant le jonglage, Chwalinska engage simultanément deux systèmes distincts : les circuits visuomoteurs du jonglage, et les circuits cérébelleux et vestibulaires de la stabilisation posturale dynamique. C’est une double tâche au sens strict : deux systèmes cognitivo-moteurs recrutés en parallèle, avec des ressources attentionnelles partagées entre eux. La difficulté ne tient pas à la somme des deux exercices séparés — elle tient précisément à leur concurrence.
Le quatrième exercice bascule dans un registre différent des trois premiers. Lorsque l’entraîneur de Chwalinska lance des balles alternativement à gauche ou à droite sans qu’elle sache à l’avance de quel côté, il lui impose un traitement en environnement ouvert : stimulus imprévisible, décision rapide, déclenchement d’un mouvement directionnel en quelques fractions de seconde. Ce n’est plus un mouvement cyclique et maîtrisé — c’est un temps de réaction en condition aléatoire, très proche du profil cognitif d’un échange de tennis.
La séquence forme ainsi une progression logique : du prévisible à l’imprévisible, du cyclique à l’aléatoire, de l’activation fine à la réaction directionnelle. Elle reproduit en format condensé, avant le match, les différentes exigences cognitives qu’impose le jeu réel.
Préparer le cerveau, pas seulement les muscles
Dans la préparation sportive contemporaine, l’échauffement ne se résume plus à élever la température musculaire et à étirer les groupes moteurs principaux. Les préparateurs physiques et les spécialistes du neurotraining distinguent depuis plusieurs années l’échauffement musculaire classique de la préparation neuromotrice — c’est-à-dire la mise en condition du système nerveux à traiter de l’information rapidement et avec précision.
Le protocole RAMP (Raise, Activate, Mobilize, Potentiate), largement diffusé dans les sciences du sport, formalise cette distinction. Sa phase d’activation vise spécifiquement les circuits neuromusculaires : vitesse de traitement, coordination, réactivité. Dans ce cadre, des exercices comme le jonglage en mouvement sont recommandés pour combiner sollicitation visuomotrice et activation attentionnelle sans induire de fatigue musculaire préjudiciable à la performance.
Des études sur les protocoles d’échauffement chez des joueurs de tennis d’élite ont montré que les routines à exigences neuromusculaires élevées produisent de meilleures performances dans les premières minutes de match que les protocoles statiques traditionnels (Lopez-Samanes et al., 2021 ; Sanchez-Sanchez et al., 2016). Ce que l’on observe dans les coulisses de Roland-Garros s’inscrit dans cette logique.
Ce type de préparation reste discret dans le milieu sportif de haut niveau. Les athlètes et leur staff communiquent rarement sur leurs routines neuromotrices, perçues comme un avantage concurrentiel. Ce que la vidéo de Roland-Garros 2026 montre simplement, c’est que le jonglage a sa place dans la préparation de deux finalistes d’un Grand Chelem — au même titre que n’importe quel autre outil de leur échauffement.
Ce que la recherche dit du jonglage bimanuel à la main
Le jonglage bimanuel — et non le jonglage au pied pratiqué au football, qui sollicite des effecteurs et des circuits très différents — est l’une des tâches motrices complexes les plus étudiées en neurosciences cognitives depuis le début des années 2000. La raison tient à sa richesse : il combine en quelques secondes coordination visuelle dynamique, synchronisation temporelle fine, ajustements moteurs continus et contrôle postural — un terrain idéal pour observer comment le cerveau s’adapte à un apprentissage moteur nouveau.
Les travaux de Draganski et al. (2004), publiés dans Nature, ont été parmi les premiers à documenter des modifications structurales du cerveau chez des adultes novices après seulement trois mois de pratique du jonglage : une augmentation transitoire du volume de matière grise dans les régions pariéto-temporelles impliquées dans le traitement du mouvement visuel. Les changements disparaissaient lorsque la pratique cessait — signe que le cerveau s’adapte dynamiquement aux exigences d’une tâche et cesse de maintenir cette adaptation lorsqu’elle n’est plus nécessaire. Scholz et al. (2009), à l’Université d’Oxford, ont complété ce tableau en documentant des modifications de la substance blanche dans les voies pariéto-occipitales après six semaines, témoignant d’une adaptation des connexions entre les zones impliquées dans la coordination visuomotrice.
Une revue systématique publiée en 2022 dans l’International Journal of Environmental Research and Public Health (Malik, Stemplewski & Maciaszek) a synthétisé onze études portant exclusivement sur le jonglage bimanuel à la main — les études sur le jonglage au pied ou le jonglage de contact en étaient explicitement exclues. Elle confirme que cette activité, en tant que double tâche attentionnelle et motrice, produit des modifications structurales positives du cerveau, principalement dans les zones de traitement du mouvement visuel et dans la substance blanche. Les auteurs soulignent cependant que les études disponibles restent peu nombreuses, méthodologiquement inégales, et portent sur des protocoles d’entraînement prolongés — pas sur des effets immédiats d’une session ponctuelle.
Ce dernier point mérite d’être dit clairement : la base scientifique qui justifie l’usage du jonglage comme outil d’activation pré-compétition repose davantage sur des mécanismes plausibles et sur l’expérience des préparateurs que sur des essais contrôlés portant spécifiquement sur ce format. Les effets à court terme d’une session de jonglage de quelques minutes sont cohérents avec ce que l’on sait du fonctionnement du système nerveux — mais ils n’ont pas fait l’objet de la même rigueur expérimentale que les protocoles d’entraînement longs.
Le tennis exige un cerveau qui anticipe
Au-delà du jonglage lui-même, ce que l’on observe à Roland-Garros illustre une réalité bien documentée sur le plan cognitif : le tennis de haut niveau est un sport d’anticipation autant que d’exécution.
Des travaux en neuroimagerie fonctionnelle ont montré que les joueurs experts activent davantage les régions pariéto-occipitales associées aux représentations visuomotrices et à la prédiction motrice lorsqu’ils observent une action sportive — ce qui leur permet d’anticiper la trajectoire d’un service ou d’un coup avant que le geste adverse soit terminé (Balser et al., 2014). Cette compétence d’anticipation repose sur des circuits cérébraux spécialisés, construits au fil des années de pratique. Elle n’est pas automatique dès le début d’un match — elle doit être activée.
L’exercice de balles lancées de façon imprévisible à gauche ou à droite cible précisément ce registre : il remet en route les circuits de détection de stimulus directionnel et de déclenchement moteur rapide, dans les conditions d’incertitude propres au jeu. Il ne crée rien de nouveau chez une joueuse de ce niveau — il remet le système en état de fonctionner à plein régime quelques minutes avant d’en avoir besoin.
Le Brain Ball® : les mêmes mécanismes, et davantage !
Ce que pratiquent Andreeva et Chwalinska dans les coulisses d’une finale — jonglage bimanuel, jonglage unimanuel, double tâche, réaction à des stimuli imprévisibles — mobilise des mécanismes que le Brain Ball® sollicite lui aussi : coordination visuomotrice, anticipation de trajectoire, attention maintenue, adaptation continue. Le point de départ est le même.
Mais le Brain Ball® y ajoute une dimension que le jonglage libre n’intègre pas : un signal rythmique externe. La méthode, créée en 2016 par Régis Pautonnier, s’appuie sur le jonglage de rebond — balles ou sacs lestés — pratiqué en synchronisation avec une boucle musicale ou un métronome, pendant que l’animateur fait évoluer les consignes en permanence. Les participants doivent donc coordonner leur geste, se caler sur un rythme externe, et s’adapter continuellement — trois exigences simultanées là où le jonglage classique n’en impose que deux.
Cette couche rythmique constitue ce que l’on appelle une double boucle sensorimotrice : les participants produisent eux-mêmes un signal sonore et tactile (le rebond de la balle, audible et ressenti dans la main) tout en se synchronisant à un signal externe (la musique ou le métronome). C’est cette combinaison — geste, rythme, attention et adaptation — qui distingue le Brain Ball® d’un simple exercice de coordination.
Le point de convergence avec ce que l’on observe à Roland-Garros est réel — mais le Brain Ball® va plus loin. Que l’on soit préparateur physique, préparateur mental, kinésithérapeute ou ostéopathe du sport, la méthode structure cette sollicitation — avec le rythme comme dimension supplémentaire — et forme des professionnels à l’intégrer dans leur pratique, qu’elle s’adresse à des sportifs, à des enfants ou à des personnes en prévention santé.
Pour aller plus loin : Performer grâce au Brain Ball®
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En savoir plus
Balser, N., Loeffler, S., Dobers, P., Thinnes, A., Giese, M. A., Schütz-Bosbach, S., Wiseman, R., & Zentgraf, K. (2014). The influence of expertise on brain activation of the action observation network during anticipation of tennis and volleyball serves. Frontiers in Human Neuroscience, 8, 568. https://doi.org/10.3389/fnhum.2014.00568
Draganski, B., Gaser, C., Busch, V., Schuierer, G., Bogdahn, U., & May, A. (2004). Neuroplasticity: Changes in grey matter induced by training. Nature, 427(6972), 311–312. https://doi.org/10.1038/427311a
Lopez-Samanes, A., Del Coso, J., Hernández-Davó, J. L., Moreno-Pérez, D., Romero-Rodriguez, D., Madruga-Parera, M., Muñoz, A., & Moreno-Pérez, V. (2021). Acute effects of dynamic versus foam rolling warm-up strategies on physical performance in elite tennis players. Biology of Sport, 38(4), 595–601. https://doi.org/10.5114/biolsport.2021.101604
Malik, J., Stemplewski, R., & Maciaszek, J. (2022). The effect of juggling as dual-task activity on human neuroplasticity: A systematic review. International Journal of Environmental Research and Public Health, 19(12), 7102. https://doi.org/10.3390/ijerph19127102
Sanchez-Sanchez, J., Sanchez, M., Hernandez, D., Ramirez-Campillo, R., Martinez, C., & Nakamura, F. Y. (2016). Acute and time-course effects of traditional and dynamic warm-up routines in young elite junior tennis players. PLOS ONE, 11(4), e0152790. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0152790
Scholz, J., Klein, M. C., Behrens, T. E. J., & Johansen-Berg, H. (2009). Training induces changes in white-matter architecture. Nature Neuroscience, 12(11), 1370–1371. https://doi.org/10.1038/nn.2412
FAQ
Pourquoi Chwalinska et Andreeva jonglaient-elles avant la finale de Roland-Garros 2026 ?
Les exercices observés — jonglage bimanuel 4 balles, jonglage unimanuel 2 balles, jonglage sur un pied, réception de balles imprévisibles — constituent une séquence d’activation neuromotrice. L’objectif est de préparer le système nerveux central à traiter de l’information vite et avec précision, sans générer de fatigue musculaire. Ces exercices ciblent les circuits de coordination visuomotrice, d’anticipation et de réactivité directionnelle — des ressources directement sollicitées dans les premières secondes d’un échange de tennis.
Le jonglage à la main et le jonglage au pied — comme dans le football — mobilisent-ils les mêmes circuits ?
Partiellement. Les deux partagent des exigences cognitives générales comme l’anticipation de trajectoire ou l’attention soutenue. Mais les effecteurs, les circuits proprioceptifs et les mécanismes de contrôle postural impliqués diffèrent de façon significative. Les études disponibles sur les effets cérébraux du jonglage portent quasi exclusivement sur le jonglage bimanuel à la main — et leurs résultats ne sont pas directement transposables au jonglage au pied.
Quelle est la différence entre cette préparation et le Brain Ball ?
Les mécanismes de base sont proches — manipulation d’objet, coordination, attention maintenue — mais les objectifs et les contextes d’application diffèrent. La préparation observée à Roland-Garros vise l’activation immédiate du système nerveux avant une compétition d’élite. Le Brain Ball® s’adresse à des publics variés : professionnels de santé, enseignants, préparateurs sportifs, ostéopathes du sport, mais aussi contextes éducatifs et de prévention. La méthode y ajoute une dimension rythmique structurée — synchronisation à un signal externe (musique, métronome) et adaptation continue à des consignes changeantes — qui constitue la double boucle sensorimotrice spécifique à la méthode.
Faut-il savoir jongler pour bénéficier de ces effets ?
Non. Ce qui compte n’est pas la performance de jonglage en elle-même, mais l’engagement cognitif et moteur qu’elle génère. Un exercice de jonglage simple — une balle, un rebond, une seule main — sollicite déjà la coordination œil-main, l’anticipation et l’attention soutenue. La difficulté peut augmenter progressivement : nombre de balles, vitesse, contrainte d’équilibre, consignes ajoutées. C’est précisément cette modularité qui rend le jonglage utile dans des contextes très différents, du grand public aux sportifs entraînés.