Connaissez-vous le test du Chamallow ? Il s’agit de la première véritable expérience ayant mis en lumière le contrôle inhibiteur chez les jeunes enfants. C’est Walter Mischel, de l’Université de Stanford qui mis en place ce protocole en 1972. Le procédé est simple : présenter un Chamallow à un enfant âgé de 3 à 5 ans et lui proposer de lui en donner un deuxième s’il parvient à résister à la tentation de le manger pendant 15 min…
Cette expérimentation a mis en lumière l’action du contrôle inhibiteur à partir de la gratification différée. Or, nous savons aujourd’hui que la capacité d’un enfant à se maîtriser est une compétence fondamentale pour entrer dans les apprentissages. Le contrôle inhibiteur serait un prédicteur fiable de la réussite scolaire.

 

Extrait de l’émission “Le monde de Jamy : les derniers secrets de notre cerveau” – France TV

 

Depuis cette expérience, la conception du contrôle inhibiteur a été étendue et enrichie: on reconnaît désormais que l’inhibition fait partie intégrante des fonctions exécutives et qu’elle joue un rôle crucial dans le processus d’apprentissage.

Le contrôle inhibiteur, un processus indispensable au développement psychomoteur de l’enfant

Le mot « inhibition » est issu du latin inhibire qui signifie « arrêter un objet en mouvement ».

Friedman et Miyake (2004) décrivent cette fonction exécutive en identifiant 3 processus. Le contrôle inhibiteur permet en effet :
> Le blocage des réponses automatiques non pertinentes, pour éventuellement les différer à un moment plus approprié.
> Le filtrage des stimuli environnants – aussi appelés interférences – en lien avec l’attention sélective, afin de rester focaliser sur une tâche.
> La suppression de données non pertinentes dans la mémoire de travail: elle est ainsi alléger pour une utilisation plus rapide.

Et plus concrètement ?

Selon Olivier Houdé, cette capacité cognitive présente précocement, est indispensable au développement psychomoteur du jeune enfant pour son rôle positif et adaptatif, avec une utilisation plus aisée vers l’âge de 3-4 ans. Elle sera pleinement efficiente que très tardivement, lors de la maturation des lobes frontaux, avec une évolution lente et variable.

Heureusement, la plasticité cérébrale permet de perfectionner le contrôle inhibiteur à tout âge. 

Quel est le rôle du contrôle inhibiteur au quotidien ?

Le contrôle inhibiteur participe à la régulation émotionnelle et aux diverses compétences sociales, des qualités indispensables pour vivre en communauté.
En effet, pour s’intégrer, les enfants vont devoir modérer leurs actions, leurs émotions et leurs paroles, afin de s’adapter à leur environnement et éviter des situations gênantes ou inappropriées.

Au fil du développement de l’enfant, l’inhibition comportementale va évoluer et se renforcer en fonction des instructions des tiers qui l’entourent (à travers le cadre posé par l’enseignant ou par les parents), par imitation des comportements observés chez ses pairs notamment ou à partir de ses propres expériences (amélioration par essai-erreur).

Renforcer le contrôle inhibiteur pour faciliter les apprentissages scolaires

C’est en 1989 que Hasher et Zacks démontrent l’interaction entre contrôle inhibiteur et mémoire de travail qui permet d’alléger cette dernière en informations non pertinentes.

Quelques années plus tard, le modèle de Barkley va plus loin en décrivant les bénéfices de l’inhibition sur les différentes étapes d’encodage, de stockage et de récupération des connaissances en mémoire, tout en extrayant les représentations antérieures devenues non pertinentes lors des apprentissages.  

Apprentissage de la lecture, de l’écriture… quel rôle joue le contrôle inhibiteur ?

  • Lecture et inhibition
Concernant la lecture, les enfants d’âge scolaire ont tendance à confondre des lettres réversibles comme « b » et « d ». Cette confusion est due au processus de généralisation du miroir. Celui-ci est utile pour reconnaître des objets quelle que soit leur orientation, mais rend donc difficile la discrimination des lettres miroir. Une étude de Borst et al. (2015) démontre la nécessité du contrôle inhibiteur, couplé à l’attention visuelle, pour contrer ce processus miroir, quel que soit le niveau de lecture des enfants d’âge scolaire, mais également… des adultes expérimentés !

 • Écriture et inhibition
Pour l’écriture, on peut citer le rôle du contrôle inhibiteur pour court-circuiter l’automatisme de règles de grammaire inappropriées afin d’accorder les mots correctement. Prenons l’exemple de la phrase « Tom les mange ». L’enfant pourrait être naturellement tenté d’écrire : « Tom les manges ».
La capacité inhibitrice va permettre de réfréner une réponse automatique pour sélectionner une moins évidente mais plus juste.

 • Résolution de problème et inhibition
Dès quatre ans, l’enfant va devoir coordonner mémoire de travail et inhibition pour la résolution de problèmes, contrairement à l’adulte qui utilisera seulement le contrôle inhibiteur (Senn, Espy et Kaufmann, 2004). Cela lui permettra d’éviter une stratégie trompeuse ou intuitive, pour une stratégie plus efficiente, grâce à la réduction des interférences externes et des stratégies apprises par le passé. Des études récentes ont souligné l’impact positif du système inhibiteur chez les apprenants pour corriger leur réponse, et donc avoir de meilleurs résultats.
Les activités logico-mathématiques font intervenir le système inhibiteur, notamment pour les compétences de classification et de raisonnement hypothético-déductif. De leurs côtés, Bull et Scerif ont démontré la corrélation entre déficit d’inhibition et des difficultés en mathématiques. Elle s’explique là encore par le manque de filtrage des stimuli non pertinents et par la difficulté à supprimer d’anciennes stratégies qui entrent en compétition avec d’autres qui seraient plus ajustées.

Comment aider les enfants à renforcer le contrôle inhibiteur ?

De nombreuses activités permettent aux enfants de renforcer le contrôle inhibiteur :

• Les jeux sans matériel: Ni oui ni non, 1,2,3 Soleil, Jacques a dit, percussions corporelles,…

• Les jeux de société : Jenga, Jungle Speed, Bazar Bizarre, Dr Eureka,…

• Les jeux de constructions : Lego, Kapla, parcours de dominos…

• Les instruments de musique : piano, guitare, kalimba,…

 

La pratique du Brain Ball permet également de développer un contrôle inhibiteur de qualité. Au cours de cette activité, en groupe ou en individuel, l’enfant va pouvoir accroître son contrôle inhibiteur à plusieurs niveaux : il devra faire abstraction des stimuli environnementaux, améliorer sa concentration en inhibant les mouvements et les objets de son partenaire, attendre son tour dans un souci de collaboration, caler ses rebonds sur les différents rythmes imposés, limiter les mouvements corporels parasites pour un meilleur équilibre, et bien plus encore !

Une pratique régulière et encadrée par les animateurs Brain Ball Certifiés permettra de renforcer les capacités inhibitrices de l’enfant grâce à la plasticité cérébrale, quel que soit son niveau de développement cognitif !

 

En conclusion, la capacité d’inhibition cognitive et comportementale fait partie des fonctions exécutives de haut niveau. Indispensable au bon développement psychomoteur de chacun, elle permet un meilleur épanouissement, notamment grâce à l’amélioration de la sphère relationnelle et éducative. Étant moins efficiente chez le jeune enfant car encore en cours de maturation, il sera d’autant plus bénéfique de la renforcer, dans les différents lieux de vie, à travers des activités ludiques et variées.

En savoir plus

Foisy, L. B., Ahr, E., Masson, S., Houdé, O., & Borst, G. (2017). Is inhibitory control involved in discriminating
pseudowords that contain the reversible letters b and d ? Journal Of Experimental Child Psychology , 162 ,
259-267. https://doi.org/10.1016/j.jecp.2017.05.011

Ahr, E., Houdé, O., & Borst, G. (2016). Inhibition of the mirror generalization process in reading in schoolaged
children. Journal Of Experimental Child Psychology , 145 , 157-165. https://doi.org/10.1016/j.jecp.2015.12.009

Houdé, O. (2007). Le rôle positif de l’inhibition dans le développement cognitif de l’enfant. Le Journal des
psychologues, 1, 40-42.

Foisy, L. B., Ahr, E., Sarrasin, J. B., Potvin, P., Houdé, O., Masson, S., & Borst, G. (2021). Inhibitory control
and the understanding of buoyancy from childhood to adulthood. Journal Of Experimental Child Psychology,
208, 105155. https://doi.org/10.1016/j.jecp.2021.105155

 

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